mardi 15 septembre 2026

Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs de Ruba Ghazal


 

Publié chez Lux le 5 novembre 2025

192 pages

Lu en format papier

4e de couverture

Immigrer et s’intégrer dans la société québécoise, qu’est-ce que ça veut vraiment dire? Dans ce livre, Ruba Ghazal raconte les soirées qu’elle a passées, enfant, à regarder Passe-Partout, les enseignants qui l’ont marquée, sa rencontre avec Françoise David, toutes les expériences qui lui ont appris que la culture, c’est bien plus qu’une langue. C’est un lieu qu’on habite, un pays qu’on aime, la possibilité de la liberté.

Elle rappelle ainsi que si une petite fille palestinienne comme elle, qui ne parlait pas un mot de français en arrivant au Québec, a pu devenir une militante souverainiste, c’est parce que dans le Québec où elle a grandi, l’école publique était encore une source de fierté collective, il existait un solide réseau d’organismes d’accueil des immigrants, et parce que ce Québec-là nourrissait encore des rêves généreux et optimistes auxquels elle reste farouchement attachée.

Des rêves qui se sont étiolés, ce dont elle s’indigne: « Quand la droite identitaire scande que c’est d’abord et avant tout l’immigration qui menace la survie du français, elle nous ment en pleine face. » Ce qui menace notre culture, c’est l’oubli de la solidarité. Mais il est toujours plus facile d’être fort contre les faibles, et d’être faible contre les forts. Ruba Ghazal est députée de Mercier à l’Assemblée nationale depuis 2018 et co-porte-parole de Québec solidaire depuis 2024. Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs est son premier livre.

Mon avis

Comme les élections provinciales approchent à grands pas, je souhaitais lire ce livre pour connaître l’auteure. Toutefois, je tiens à mentionner que seul le crayon que j’utilise à l’isoloir saura mon choix. J’admire les femmes qui décident de se lancer en politique, peu importe le parti, j’ai conscience que ce n’est pas un métier de tout repos.

Je dirais que c’est un mélange d’un essai politique et d’une biographie, puisqu’elle explique son arrivée au Québec et des détails de sa vie qui l’ont poussée à choisir la politique pour mieux comprendre le contexte. Je la trouvais déjà sympathique et le livre n’a que confirmé mon opinion sur elle.

La plume est professionnelle et accessible, même les lecteurs qui ne lisent pas beaucoup d’essais pourront comprendre les événements décrits. Je le recommande si, comme moi, vous aimez la politique ou si vous souhaitez en apprendre davantage sur une femme forte.

Extraits

C’était avant l’imposition du dogme néolibéral dans nos administrations publiques, avant les coupes massives en santé et en éducation, avant l’austérité libérale et caquiste. C’était avant l’arrivée massive d’internet, des réseaux sociaux, de Netflix, d’Instagram et de TikTok dans nos vies, avant que la majorité des contenus culturels que nous consommons quotidiennement (en anglais, s’il vous plaît) ne nous fragmentent en solitudes enfermées dans nos algorithmes. (p.15)

Depuis, les ressources en francisation et en intégration sont éparpillées entre les centres de services scolaires, les cégeps, les universités, les centres communautaires et les instituts privés. L’offre de services s’est lentement détériorée, au gré des cures d’austérité et de l’indifférence politique. (p.46)

« Dans la vie, ce n’est pas parce que tu as raison que tu as raison de le dire. » (p.91)

Si la jeune Ruba vivait aujourd’hui, et lisait aussi avidement les journaux que je le faisais en 1995, elle y trouverait certainement encore beaucoup de mains tendues, mais elle recevrait plus que sa part de claques au visage. (p.96)

Il y a une expression arabe qui dit qu’il faut : « marcher près du mur » : ne pas se faire remarquer ni déranger. Mes parents l’appliquent dans leur vie. Je réalise la signification littérale que cette expression peut avoir pour des Palestiniens qu’on a isolés derrière un mur, justement. (p.122)

Ça peut paraître curieux, mais mon deuil de la maternité s’est amorcé quand j’ai entrepris les démarches de procréation assistée avec mon mari. (p.146)

C’est un processus très évasif, qui exige du temps de la patience, une organisation béton et beaucoup de détermination. (p.146)

Pendant longtemps, lorsque es amies, mes sœurs m’annonçaient une grossesse, je sautais de joie, je me réjouissais pour elles, et c’était sincère, mais le soir, dans mon intimité, une boule de tristesse envahissait ma gorge. Je pleurais, parfois. Au fil du temps, j’ai apprivoisé cette tristesse. (p.151)

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Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs de Ruba Ghazal

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