jeudi 3 avril 2025

Les ombres d’Août de Marie-Pier Favreau-Chalifour

 

Publié chez VLB Éditeur le 10 mars 2025

216 pages

Lu en format papier

4e de couverture

Je couve l'événement en le gardant intact, au fond de moi, en le nourrissant de mes spéculations et de mes peurs. Sans me l'avouer, j'imagine qu'un jour, il sera enfin prêt à vivre sa vie. Je lui donne un âge. Cela veut dire que je le commémore, peut-être. Ça fait dix-huit ans que c'est arrivé.

La narratrice est seule chez elle. Le souvenir trouble d'une journée d'été affleure à ses pensées. Qu'a-t-elle a vu, à douze ans, dans ce sous-sol de bungalow? Plongée dans une sourde rumination, elle se demande si les femmes et les filles sont jamais à l'abri
du désir, des dangers qu'il comporte.

Mon avis

Même si le livre est court, j’ai éprouvé de la difficulté à embarquer dans l’histoire qui demande énormément de la concentration avec les retours entre le présent et le passé. Je recommande de créer une bonne ambiance pour bien comprendre.

Comme la protagoniste a une relation compliquée avec sa mère, que je trouve froide, j’ai pu connecter à ce sujet avec elle. On voit qu’elle vit avec un traumatisme qu’elle traîne depuis plusieurs années et qu’elle ne se lie pas facilement même avec K, son petit ami. On remarque qu’elle tient à lui, mais elle se distancie bien qu'il fasse son possible pour lui améliorer la vie.

La protagoniste demeure mystérieuse jusqu’à la toute fin. J’avais hâte de découvrir ce qu’il s’était passé le soir où elle gardait. Malgré tout, je trouve qu’elle s’en est bien sortie et ses défauts gardent l’histoire intéressante.

Par contre, je n’ai pas du tout aimé sa mère qui me donne froid dans le dos juste à l’imaginer. Je vous avoue qu’on se retrouve loin de la matriarche que l’on voit habituellement dans les romans.

Je recommande de ne pas être fatigué pour le lire, mais le livre est bien écrit et plusieurs chapitres m’ont rejoint. Je crois que cela risque d’être le cas pour plusieurs même si la narratrice vit des événements hors du commun.

Extraits

En naviguant sur mon ordinateur portable, j’ai trouvé facilement la vidéo que je voulais revoir. Avant de la visionner à nouveau, je me suis installée dans la salle à manger, en prenant soin de tirer les rideaux. J’ai aussi baissé le volume au minimum, juste assez fort pour que je puisse entendre la bande sonore. (p.9)

Nos mères. Dans notre enfance, il faut les supporter, puisqu’on n’a pas la force d’avoir le dessus sur elles. Plus tard, on les évite, car on n’a toujours pas la force d’avoir le dessus. Les mères sont intouchables. Elles sont saintes. Quoi qu’elles fassent, elles sont toujours protégées par leur aura de mère. On peut s’en plaindre, à condition de porter contre elles des accusations qui soient sages. (p.16)

Je pourrais fuir maintenant. Quitter cette famille qui m’est insupportable à cause de son bonheur. La proximité qui y règne ne cesse de me rappeler qu’il existe un point de non-retour, un point au-delà duquel l’amour dépasse les limites et tombe dans l’horreur. Je reste malgré tout, car je sais bien, au fond, qu’ils ne sont coupables de rien. (p.22)

Je ne désirais pas réellement devenir propriétaire. C’était une décision stratégique. Je voulais signifier à mon entourage que j’étais capable d’indépendance, d’avancer socialement. J’avais peut-être un retard apparent dans la vie-je n’ai jamais occupé un emploi stable, je n’ai pas eu de conjoint sérieux avant K., et j’ai obtenir mon permis de conduire à l’âge de rente ans, mais cela ne m’empêchait pas d’acquérir une propriété et de m’assurer ainsi une sorte de sécurité financière. (p.25)

Le fait de travailler à la maison me permet de mieux préparer le rôle que j’ai à jouer quand je sors de chez moi, que ce soit pour une réunion mensuelle, pour voir le médecin ou me rendre à la pharmacie. Je peux choisir à l’avance ce que je vais porter, répéter mes répliques comme une actrice, ma façon de me présenter face à mes « adversaires ». Je visualise surtout mentalement mon arrivée dans une pièce où je sais à l’avance qu’il y aura des gens avec qui je devrai interagir. (p.40)

 


mardi 1 avril 2025

À perpétuité – Reste de Marilou Addison

 

Publié chez les éditions de Mortagne le 13 mars 2025

296 pages

Lu en format papier

4e de couverture

Après la pluie… le beau temps ? En théorie, Sofia devrait flotter sur un nuage et profiter de ses fiançailles avec Cash, mais un mauvais pressentiment habite la jeune femme.
Et s'ils se lançaient dans le vide trop rapidement ? Après tout, pourquoi précipiter les choses alors que tout va si bien entre eux ?
Surtout que Cash est encore obsédé par ses démons…
Même si la passion est toujours au rendez-vous entre les deux amants et que leur amour dévorant se renforce de jour en jour, Sofia est incapable de se départir de ses doutes.
Le passé finira-t-il par avoir leur peau ?

Il me donne un baiser dans le cou, et je fonds. Tandis qu'il marmonne, ses lèvres parcourant ma peau :
— Toi… et… moi… pour… toujours…
Je ferme les yeux et le laisse continuer son petit manège. J'essaie d'écarter ma peur. De me convaincre que rien ne pourra jamais détruire ce qu'on est en train de construire.

Mon avis

J’avais hâte de découvrir le dénouement de la relation entre Sofia et Cash qui n’a pas commencé d’une manière conventionnelle. Je vous recommande de lire le premier tome avant pour combien comprendre leur complexité et complicité, car cela ne ressemble pas aux romances contemporaines habituelles. D’ailleurs, j’en profite pour remercier l’auteure de me sortir de ma zone de confort.

Dans ce tome-ci, j’ai l’impression qu’on retrouve le Cash d'avant, celui qui m’avait fait frissonner que cela soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons. J’adore ce qu’il m’a fait ressenti pendant ma lecture, mais ses démons me feraient reculer dans la réalité. J’apprécie juste le fait qu’il me change les idées de ma routine quotidienne.

Sofia se fait davantage confiance depuis le début. Cela peut lui jouer des tours puisque cela ajoute des montagnes russes à la relation amoureuse et il est probable qu’elle renoue avec d’anciennes amitiés. Je vous laisse découvrir si cela est une bonne ou une mauvaise chose. Le seul indice : Cela apporte du piquant à l’histoire et j’ai éprouvé de la difficulté à déposer le livre.

Ce bouquin contient plusieurs scènes intimes et pour cette raison, je le suggère pour un public de 16 ans et plus puisqu’elles sont assez détaillées. Cela démontre la complicité entre les protagonistes, mais je tenais à vous en aviser.

Extraits 

Est-ce une manigance pour m’isoler afin de me forcer à discuter du mariage ? J’aimerais avoir le courage de lui poser la question, mais ça ouvrirait une conversation que je préfère éviter.. (p.30)

Pour la première fois de ma vie, je me débrouille. Je paie mon appartement toute seule et je suis autonome à cent pour cent. Avant, je devais prendre soin de ma mère. Maintenant, j’ai envie de prendre soin de moi et je..j’ai peur qu’en partant d’ici, je perde tout ça. (p.85)

Parce que..parce qu’on vient pas du même monde ! Parce qu’il pourrait trouver tellement mieux que moi ! Pour mille autres raisons ! Les gens finissent toujours par partir, Pierre-Louis. C’est immanquable..(p.143)

Mais t’as pas confiance. T’es tellement sûre qu’il va finir par te laisser que tu remets tout en doute. Et t’hésites. (p.143)

Je me suis tellement ennuyée d’elle. Je n’osais pas me l’avouer, mais c’est fou comme j’ai l’impression qu’il me manque une partie de moi-même, depuis qu’elle n’est plus dans ma vie. Et elle a beau avoir commis des erreurs, m’avoir blessée plus qu’elle ne l’aurait dû, je suis à peu près certaine qu’elle n’a jamais été mal intentionnée.  (p.219)

Ma chronique du premier tome 

Mon entrevue avec l'auteure 


samedi 29 mars 2025

Le poids des non-dits de Laurence Côté


Publié chez les éditions Patrico le 3 mars 2025

272 pages

Lu en format papier

4e de couverture

Delphine, 22 ans, jongle avec ses cours, son travail et le temps de qualité avec ses proches. Malgré tout, quelque chose semble lui manquer. Serait-ce l'amour avec un grand A? Lorsque Louis fait irruption dans sa vie de manière inattendue, il semble combler tous ses désirs. Parfait et séduisant, il coche toutes les cases de sa liste de rêve. Mais quand l'amour idéal devient une quête complexe, qui est-on prêt à devenir ? Et si, en trouvant l'amour, on se perdait un peu dans le processus ?

Mon avis

C’est un livre qui tombe au parfait moment dans ma vie. Ma situation ne ressemble pas à celle de Delphine, mais cela m’a rassuré que je n’étais pas la seule à me poser des questions. J’avoue que cela paraissait qu’elle avait 22 ans puisqu’elle manquait de confiance en elle et semblait éprouver de la difficulté à écouter sa petite voix qui lui disait que quelque chose clochait. Toutefois, je crois qu’on a tous vécu des moments comme celui-ci et l’importance de s’écouter est ce que j’ai retenu davantage de ce livre.

Dès le début, j’avais un mauvais pressentiment envers Louis, probablement parce que Delphine commençait à annuler des rencontres avec ses amis et à leur mentir. On s'attache à lui, mais il vient avec plusieurs drapeaux rouges. Je vous laisse découvrir lesquels. En tout honnêteté, c’est le personnage que j’ai le moins aimé de l’histoire. J’ai conscience de son importance. Le seul point positif, c’est qu’il a contribué à l’évolution de Delphine.

Quant à Delphine, c’est ma préférée avec sa meilleure amie. Comme je l’ai mentionné, je trouve qu’elle manquait de confiance en elle, mais je vis une période semblable en ce moment. Ce n’est pas évident de prendre des décisions quand on aime la personne et qu’on sait qu’elle disparaitera de notre vie par la suite. J’ai les mêmes problèmes de communications. Je sentais qu’elle essayait de s’exprimer, mais Louis l’arrêtait et disait le contraire avant qu’elle aille jusqu’au bout de sa pensée. Je crois aussi qu’elle gardait ses sentiments pour elle pour éviter de le perdre.

Chaque chapitre commence par une chanson et vous n’avez pas idée combien d’entre elles m’ont rejoint. J’ai même pu renouer avec Selena Gomez et découvert Olivia Rodrigo grâce aux suggestions de l’auteure. La musique prend une place importante dans la vie de la protagoniste et c’est une autre raison d’apprécier l’œuvre.

Extraits

J’avais pris l’habitude d’y aller en road trip avec des amies, des fréquentations ou en solo pour me retrouver. Chaque fois, je retournais à la maison avec une fébrilité dans le cœur, comme si toutes mes émotions se consumaient au fil de la randonnée pour me laisser complètement apaisée à la fin de mon périple. (p.8)

Mon conseil : sois authentique. Si le gars est vraiment intéressé, il va l’être, peu importe ce que tu lui écris. Ce qui compte, c’est que tu sois toi-même. (p.13)

Tu trippes sur l’automne ?

C’est ma saison préférée, elle me rappelle plein de souvenirs. J’aime les odeurs, les couleurs, la lumière unique à cette période de l’année. Connais-tu la chanson Octobre des Cowboys Fringants ? (p,52)

Personnellement, je trouve que tu changes et je suis pas certaine que j’aime la nouvelle Delphine. T’as jamais mis tes amis de côté en sortant avec un gars, on s’est toujours promis que c’était les amis pour la vie, mais on dirait bien ça tient plus depuis que t’es avec lui.

J’essayais fort de me convaincre que j’hallucinais, mais mon intuition me disait qu’il me cachait quelque chose. En même temps, mon côté rationnel me rappelait qu’on ne s’était rien promis. On n’était peut-être même pas exclusif. (p.105)

La chanson qui jouait n’aurait pu mieux tomber. Selena Gomez chantait qu’elle essayait de chasser un gars de sa tête, qu’elle devait se convaincre qu’elle ne voulait plus de leur relation, même si au fond, elle savait qu’elle en voulait encore. Il pouvait briser son cœur en deux, mais malgré ça, c’était pour lui qu’il battait. Elle lisait et relisait leurs conversations, analysant tous les mots, et elle haïssait ça parce que ça ne lui ressemblait pas. Dans le refrain, elle disait à quel point elle voulait le serrer contre elle, même si elle n’était pas supposée. Il était pris dans sa tête, elle ne pouvait pas l’oublier et elle savait qu’elle retournerait vers lui. (p.150)

C’est tellement pas évident, la communication, dans ces moments-là. C’est déjà un défi quand ça va bien, ça l’est d’autant plus quand ça va mal. Et on va se le dire, avec lui, c’était pas ta force. T’as jamais osé lui parlé franchement, tu as toujours eu peur de t’exprimer. Ça te ressemble pas. C’est sûr que si tu voulais préserver ce que vous aviez de beau, ça te dissuadait de tenter une discussion, encore moins le mettre au pied du mur. (p.213)

Les paroles de Charlotte me revenait en tête. Et si j’étais la cause de tous mes problèmes ? Et si, par un flagrant manque de communication, d’habiletés communicationnelles et relationnelles, j’avais créé cette avalanche d’événements qui s’étaient succédés ? (p.221)

Je te trouve tellement forte d’avoir réussi à quitter la relation si tôt. Moi, ça m’a pris tellement plus de temps. Si tu veux un conseil d’une fille qui vient de passer par là : à partir d’aujourd’hui, l’important, c’est toi. Juste toi. (p.230)

 

mardi 25 mars 2025

L’espoir en exil de François Guilbault


Publié chez les éditeurs réunis le 22 janvier 2025

360 pages

Lu en format papier

4e de couverture

 Février 1837. Nathanael Lamport, un Français émigré aux États-Unis, a
perdu sa femme et ses enfants de façon dramatique dans le Midwest américain. Accablé, il quitte le pays et part s’établir au Canada, où il nourrit l’espoir de se refaire une vie plus tranquille. Après un long et dangereux périple, il aboutit enfin dans le petit village de Sainte-Élégie, près de la frontière.


Nathanael décide de s’y installer et d’y défricher une terre, alors qu’il se lie d’amitié avec plusieurs des habitants. Il s’attache particulièrement à Manon Labrie, la forgeronne du village, ainsi qu’à Élise Arsenault, arrivée des États-Unis, tout comme lui. Alors que Nathanael cherche à fuir les hostilités et veut seulement vivre en paix, il ignore que les ennuis sont sur le point de le rattraper. En effet, la révolte gronde au sein de la population du Bas-Canada, tandis que les Patriotes se préparent à la rébellion.

Bientôt, la tension atteint son apogée et Nathanael ne peut plus échapper aux affrontements qui viennent frapper à la porte de Sainte-Élégie. Lui qui aspirait au bonheur dans les bras de son nouvel amour se retrouvera bientôt piégé dans des conflits lourds de conséquences qui ne laisseront personne indemne.

Mon avis

C’est toujours un plaisir de retrouver la plume de cet auteur dont j’ai eu la chance de lire toutes les œuvres et qui m’a permis de découvrir davantage certaines périodes historiques. On ressent le commencement de la rébellion des patriotes qui diffère de celle des États-Unis. On remarque que les canadiens francophones ont une opinion divergente de ceux anglophones et que quelque chose important se prépare.

J’ai apprécié le côté mystérieux de Nathanael qui prend du temps à se dévoiler et qui intrigue plusieurs villageois. Toutefois, je donne mon étoile du match à Élise à cause de son amitié avec Manon et j’avoue que je l’ai trouvé attachante.

Ce roman demande de la concentration, mais se lit bien si vous aimez l’histoire en général. Il contient un peu de romance. D’ailleurs, j’ai adoré suivre la relation entre Nathanael et celle qui a choisi. Je vous garde la surprise parce que je me suis questionnée à ce sujet à quelques reprises pendant ma lecture.

Extraits

Les Anglais avaient été rejetés à la mer et les Américains avaient pris leur destin entre leurs mains. Toutefois, les États-Unis n’avaient pas eu affaire à un autre peuple vivant dans son sein, comme le faisaient les descendants francophones de l’ancienne Nouvelle-France. (p.13)

Beaucoup de malheurs surviennent à cause de ces injustices, poursuivit-il, désaltéré. Il y a cinq ans, lors d’une élection dans le quartier Ouest de Montréal, il y a eut une rixe. Trois Canadiens ont été tués, durant la répression. Il y a plus de cinq mille personnes à leurs funérailles à l’église Notre-Dame. Les coupables comme toujours. (p.52)

Depuis son arrivée à Sainte-Élégie, il n’avait pas pris le temps de se délasser. Il avait encore moins investi dans l’établissement de rapports autres que ceux qu’exige la civilité. Même Manon aurait pu se plaindre qu’il se comportait comme un ours sauvage. Et il y avait en pris son goût inné de voyager. (p.106)

Un homme n’allait pas en Indiana pour y établir une école. Nathanel ne parlait pas que d’Antiquité. Sa conversation était tout bonnement plaisante. Il causait aussi facilement d’oiseaux, de loups, de plantes que de semis. Elle l’enviait d’avoir chassé le bison. Elle n’avait jamais vu cette bête légendaire. Néanmoins, elle se consolait en se disant qu’elle l’avait initié au sirop d’érable. (p.122)

Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, mademoiselle Manon. Tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent est inachevé. C’est une pénible tâche dont je préfère garder les résultats secrets, pour l’instant. (p.156)

C’est plutôt mon histoire et mes choix que je revendique, sauf votre respect. Les nations peuvent se débrouiller sans moi. Je n’ai l’intention d’en diriger une, à court ou à moyen terme. (p.240)

Mon entrevue avec l'auteure 

lundi 24 mars 2025

Entrevue avec Maude Michaud


 Crédit : Facebook

Biographie

Maude Michaud est autrice, créatrice de contenu et blogueuse engagée aux commandes de La Parfaite Maman Cinglante, une plateforme qui vise à déculpabiliser les mères devant les émotions négatives générées par la maternité (475 000 abonnées). Depuis 2018, elle a publié un guide pratique, quatre romans, deux album jeunesse, un livre de cuisine et un essai.

Crédit : Maude Michaud

Questions

Quelles ont été vos inspirations pour écrire Guerrière ?

Après quelques années à m’intéresser de près aux inégalités et aux injustices que vivent les femmes, j’ai réalisé quelque chose de troublant : une partie importante d’entre nous – les femmes – considérons comme normales des choses qui ne le sont pas. Des situations qui nous dérangent, nous épuisent ou nous mettent mal à l’aise, mais qu’on finit par accepter, parce qu’on nous a appris, souvent sans mots, que c’était comme ça. Qu’il fallait faire avec. Ce glissement progressif entre l’inconfort et la résignation crée une forme de détresse silencieuse. Une espèce de fatigue qu’on ne sait plus nommer. Et le pire, c’est qu’on finit parfois par se croire seules à vivre ça. Alors qu’on vit littéralement toute la même chose. C’est ce qui m’a poussée à écrire ce livre : pour mettre des mots sur ce qu’on vit sans toujours s’en rendre compte, mais qui finit pourtant par nous gruger de l’intérieur. Des mécanismes invisibles, des attentes silencieuses, des sacrifices qu’on banalise. Tout ça nous éloigne peu à peu de la vie qu’on mériterait vraiment. Une vie choisie, libre, alignée avec ce qu’on est profondément — et non dictée par ce qu’on attend de nous en tant que femme.

Quels défis avez-vous rencontrés lorsque vous avez écrit votre premier livre ?

Mes plus grands défis lors de l’écriture de mon premier livre ont été de découvrir/déterminer mon ton mais aussi de développer suffisamment mes idées pour offrir du contenu riche et pertinent. Souvent, j’avais une excellente idée mais après deux phrases, j’avais l’impression d’avoir tout dit. C’est d’ailleurs un sentiment qui m’a suivi tout au long de l’écriture de chacun de mes livres, à l’exception de mes albums jeunesse. Cette impression de ne pas avoir assez à dire. J’ai toutefois appris avec le temps à développer davantage mes idées mais aussi et surtout à accepter que parfois, j’avais moins de choses à raconter et ce n’était pas plus mal. C’est entre autres ce qui expliquer les courts chapitres de plusieurs de mes livres.

Quels conseils donneriez-vous à un nouvel auteur ?

Évidemment, chaque auteur et chaque autrice a son propre fonctionnement. De mon côté, je considère qu’il est impératif d’avoir un plan clair de ce que je souhaite écrire globalement mais aussi par chapitre. De cette manière, je m’assure d’avoir suffisamment de contenu mais aussi et surtout de demeurer cohérente et pertinente en évitant de m’emmêler dans mes propres idées ou de partir sur une dérape qui n’est pas forcément intéressante pour mes lectrices.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans l’écriture ?

Enfant, j’adorais inventer des histoires et je rêvais d’écrire des livres. Quelques années après les débuts de La Parfaite Maman Cinglante, une maison d’édition a communiqué avec moi pour me proposer d’écrire un guide de maternité. J’ai accepté, beaucoup aimé l’expérience et le livre a connu un beau succès. C’est ce qui m’a permis de proposer à ma maison d’édition un deuxième livre, soit Pieds nus dans la gravelle, dont l’histoire me trottait dans la tête depuis plus d’un an au point où je construisais l’histoire dans ma tête chaque soir avant de me coucher.

Écrivez-vous avec de la musique ? Si oui, avez-vous une chanson fétiche ?

Avant la pandémie, j’aimais écrire dans les cafés avec de la musique. Mes chansons préférées étaient celles d’Alexandra Streliski. Avec la pandémie, j’ai commencé à écrire de la maison et depuis, je ne parviens plus à écrire que dans le silence le plus complet.

Quels sont vos prochains projets ?

Je n’ai pas de projet de nouveau livre à court terme. Une certaine idée me trotte bien dans la tête mais elle est à l’état embryonnaire et je doute qu’un livre la concernant voit le jour avant plusieurs années. Entre temps, je me concentrer principalement sur mon balado « Guerrière » par Maude Michaud donc la prochaine saison s’étalonnant sur 8 épisodes à raison d’un par semaine débutera le 7 avril prochain !


samedi 22 mars 2025

Smash – Solo de drum et prosciutto-melon d’Alexandra Larochelle

 

Publié chez les éditions Michel Quintin le 4 février 2025

232 pages

Lu en format papier

4e de couverture

La célébrité a un prix. Coralie le sait puisqu'à 16 ans, elle est déjà une vedette de la télé. À l'écran, elle interprète le rôle d'une joueuse de volleyball pleine d'assurance, mais sa vraie vie est très différente: Coralie a l'impression d'être une extraterrestre à l'école et elle n'a presque pas de temps à accorder à Greg, son amoureux.

D'ailleurs, ce dernier se sent anxieux à la suite de leur première expérience sexuelle. En plus, Greg apprend que Coralie devra embrasser son beau collègue Miguel pour les caméras. Pas facile, être un gars normal quand sa blonde a une vie aussi anormale!

Mon avis

J’avoue que quand j’ai discuté de ce roman avec l’auteure, j’ai des souvenirs de Watatatow qui me sont revenus en tête. La bonne nouvelle est que l’intrigue est plus divertissante et mieux écrite. Le public cible est surtout les adolescentes et les jeunes adultes, mais je crois que les plus vieux (incluant moi) pourront y trouver leur compte.

Je donne mon étoile du match à Coralie, même si elle n’est pas parfaite. Plusieurs lectrices pourront se reconnaître en elle, sans être une vedette de la télévision. D’ailleurs, ses questionnements n’ont presque rien à voir avec la célébrité. J’oubliais presque dans certains chapitres qu’elle était comédienne. Que cela soit sa vie amoureuse ou ses amitiés, elle vit la même chose que les autres. Je crois que c’est ce qui la rend aussi attachante. J’ai apprécié les retours en arrière qui m’ont aidé à mieux comprendre qui elle est à 16 ans.

Même s’il a une importance capitale dans l’histoire, Greg est le personnage que j’ai le moins aimé. Possible parce que j’ai lu trop de romans pour adolescents et que j’ai une théorie pour le second tome et mon cœur se serre déjà pour la protagoniste. Je me dis qu’il a seulement 17 ans et qu’il se questionne comme la majorité des garçons, mais il m’a quand même déçu. J’ai conscience qu’il apporte aussi un avantage aux péripéties de l'histoire. Toutefois, je ne souhaite pas d’échanger de place de Coralie.

Je venais de terminer un livre qui me demandait beaucoup de concentration, alors ça m’a fait du bien d’embarquer dans cette histoire qui m’a rappelé les bons et les mauvais souvenirs d’adolescence. Je pense que l’auteure a un don pour rendre les personnages réels et attachants. J’avais le sentiment de vivre les mêmes émotions qu’eux.

Extraits

On s’en fout, qu’il soit un bon attaquant! Pis on s’en fout encore plus qu’il soit beau, que je réplique d’une voix assurée. Ce n’est pas parce que tu sais smasher pis que t’as la mâchoire carrée que t’es un bon leader, ça a rien è voir! (p.7)

J’y connecte mon cellulaire et fais jouer le dernier album de Charlotte Cardin, ma chanteuse favorite. Je fredonne les paroles en chœur avec mon père alors que j’appuie ma tête contre la vitre fraîche pour savourer ce seule mini-moment de détente de ma journée. (p.17)

Je pourrais dire que je suis habituée à ce genre d’accueil, mais la vérité, c’est que je trouve ça encore bizarre chaque fois. Ça fait juste deux ans, presque trois, que j’ai commencé ma carrière, mais les gens semblent avoir oublié qu’avant ça, j’étais une élève comme les autres. (p.29)

Un soir, alors qu’on dînait en famille, j’ai connecté mon cellulaire à mon haut=parleur portatif pour faire jouer le nouveau single des Cold Blues, un de mes groupes favoris que mon père aime beaucoup aussi. Le titre de la chanson était Sex With You, ce qui a fait hurler Lily de dégoût, mais ma mère s’est interposée. (p.77)

Mon entrevue avec l'auteure

vendredi 21 mars 2025

Pourquoi personne ne m’en a parlé avant ? du Dre Julie Smith

 

Publié chez les éditions Saint Jean le 18 février 2025

420 pages

Lu en format papier

4e de couverture

Une nouvelle édition pour le livre-phénomène qui a changé tant de vies !. Suivant le succès immédiat de la première version de cette boîte à outils exceptionnelle, la psy aux 20 millions de likes offre une édition enrichie qui comporte un plan d’action complet pour gérer l’anxiété, la cause de détresse no 1 au sein de la population, et une introduction étoffée de nouveaux conseils judicieux.. Dans Pourquoi personne ne m’en a parlé avant ?, la Dre Julie Smith propose des solutions simples pour maintenir sa santé mentale, mieux se comprendre, accueillir la complexité des autres et corriger des comportements qui nuisent au bonheur..

Mon avis

Il s’agit d’une nouvelle édition, alors je recommande de l’emprunter si jamais vous avez lu la première version pour y trouver quelques ajouts. Toutefois, comme c’est la première fois que je le lis, j’ai découvert tous les outils proposés par l’auteure.

Si vous avez des problèmes psychologiques, je suggère de demander de l’aide, car on partage des outils pour pouvoir s’aider soi-même. Si le problème est plus complexe, parcourir cet ouvrage va être comme mettre un pansement sans guérir la plaie. Comme d’habitude, c’est mieux de choisir ce qui nous convient et de garder l’esprit ouvert.

Comme je vis une période assez occupée et stressante, j’ai apprécié renouer avec des astuces pour m’aider à la traversée sans trop me prendre la tête. J’avoue qu’écrire un journal apporte beaucoup, mais c’est l'unique truc que j’éprouve de la difficulté à poursuivre. Je le fais seulement quand je ressens vraiment le besoin.

Je ne vous dévoilerais pas les outils, mais si vous espérez mieux gérer votre stress, ce livre peut vous aider. Elle fait le tour du sujet et vous allez sûrement trouver une astuce qui pourra vous soulager. On ne peut pas s'en débarrasser, mais c’est possible d'apprendre à mieux vivre dans ce monde changeant d’une seconde à l’autre. Les exemples et le langage utilisé conviendront à un large public. Vous n’avez pas besoin d’avoir étudié en psychologie à l’université pour bien comprendre.

Extraits

Au fil des années de pratique de mon métier de psychologue, j’ai pris conscience que les gens ont du mal à gérer cette déprime, qu’ils gardent souvent pour eux. Leurs amis et leurs proches n’en savent souvent rien. Ils la dissimulent, la repoussent et s’efforcent de continuer de répondre aux attentes. (p.19)

Supposons que notre surcharge de travail nous ait empêchés de faire de l’exercice physique pendant quelques semaines, la fatigue et la déprime s’installent. Pratiquer un sport est donc la dernière chose que nous souhaitons faire. Plus l’évitement de l’exercice physique dure longtemps, plus la léthargie nous gagne et moins nous avons d’énergie. Quand nous manquons d’énergie, la probabilité de faire de l’exercice physique diminue et notre moral chute. La déprime nous donne envie de faire des choses qui nuisent à notre moral. (p.24)

Puisque cette rumination nous amène à penser uniquement à nos pires caractéristiques et expériences, et considérant ses répercussions physiologiques sur notre ressenti, l’un des moyens les plus simples de rediriger les choses quand nous doutons de pouvoir nous en sortir est de nous poser la question suivante : « Qu’est-ce que je ferais si j’étais au sommet de ma forme ? » (p.51)

Mais comme je l’ai mentionné précédemment, transformer son mode de vie, du jour au lendemain, s’avère moins utile si nous ne parvenons pas à nous y engager à long terme. Il est en revange profitable de se poser régulièrement la question : « Quel changement modeste pourrais-je mettre en place aujourd’hui pour améliorer mon apporte nutritionnel ? » Puis il faut respecter ce changement chaque jour. (p.70)

Si nous commençons cette activité que nous souhaitons avoir envie de faire, nous avons plus de chances de stimuler notre cerveau d’une façon qui nous met en joie ou qui est propice au retour de la motivation. (p.80)

Si on n’est pas en mesure de parler, il faut écrire, sans se soucier de la forme. Coucher par écrit ses pensées et ses sentiments peut contribuer à mettre au jour ce qui se passe dans notre tête et notre corps. C’est en n’éludant pas ces émotions pénibles que l’on fait son deuil. (p.152)

Être confiant est différent d’être à l’aise. L’une des plus grandes idées fausses en matière de confiance en soi est de la prendre pour de l’intrépidité. La clé pour bâtir de la confiance est en fait l’inverse. Il s’agit de laisser la peur être présente lorsque nous faisons des choses qui nous tiennent à cœur. (p.176)

« Est-ce que tu es présent pour moi ? Est-ce que je compte suffisamment à tes yeux pour que tu restes ?  Quand j’aurai le plus besoin de toi, qu’est-ce que tu vas faire ? » Les styles d’attachement traités précédemment sont les différents moyens par lesquels nous avons appris à poser ces questions. Lorsque nous avons le sentiment d’avoir perdu ce lien, notre cerveau fait retentir l’alarme de lutte ou de fuite. (p.317)


Les ombres d’Août de Marie-Pier Favreau-Chalifour

  Publié chez VLB Éditeur le 10 mars 2025 216 pages Lu en format papier 4 e de couverture Je couve l'événement en le gardant in...