Publié chez VLB
Éditeur le 10 mars 2025
216 pages
Lu en format
papier
4e
de couverture
Je couve
l'événement en le gardant intact, au fond de moi, en le nourrissant de mes
spéculations et de mes peurs. Sans me l'avouer, j'imagine qu'un jour, il sera
enfin prêt à vivre sa vie. Je lui donne un âge. Cela veut dire que je le
commémore, peut-être. Ça fait dix-huit ans que c'est arrivé.
La narratrice est seule chez elle. Le souvenir trouble d'une journée d'été
affleure à ses pensées. Qu'a-t-elle a vu, à douze ans, dans ce sous-sol de
bungalow? Plongée dans une sourde rumination, elle se demande si les femmes et
les filles sont jamais à l'abri
du désir, des dangers qu'il comporte.
Mon avis
Même si le livre
est court, j’ai éprouvé de la difficulté à embarquer dans l’histoire qui
demande énormément de la concentration avec les retours entre le présent et le
passé. Je recommande de créer une bonne ambiance pour bien comprendre.
Comme la
protagoniste a une relation compliquée avec sa mère, que je trouve froide, j’ai
pu connecter à ce sujet avec elle. On voit qu’elle vit avec un traumatisme
qu’elle traîne depuis plusieurs années et qu’elle ne se lie pas facilement même
avec K, son petit ami. On remarque qu’elle tient à lui, mais elle se distancie
bien qu'il fasse son possible pour lui améliorer la vie.
La protagoniste demeure
mystérieuse jusqu’à la toute fin. J’avais hâte de découvrir ce qu’il s’était
passé le soir où elle gardait. Malgré tout, je trouve qu’elle s’en est bien
sortie et ses défauts gardent l’histoire intéressante.
Par contre, je
n’ai pas du tout aimé sa mère qui me donne froid dans le dos juste à
l’imaginer. Je vous avoue qu’on se retrouve loin de la matriarche que l’on voit
habituellement dans les romans.
Je recommande de
ne pas être fatigué pour le lire, mais le livre est bien écrit et plusieurs chapitres
m’ont rejoint. Je crois que cela risque d’être le cas pour plusieurs même si la
narratrice vit des événements hors du commun.
Extraits
En naviguant sur
mon ordinateur portable, j’ai trouvé facilement la vidéo que je voulais revoir.
Avant de la visionner à nouveau, je me suis installée dans la salle à manger,
en prenant soin de tirer les rideaux. J’ai aussi baissé le volume au minimum,
juste assez fort pour que je puisse entendre la bande sonore. (p.9)
Nos mères. Dans
notre enfance, il faut les supporter, puisqu’on n’a pas la force d’avoir le
dessus sur elles. Plus tard, on les évite, car on n’a toujours pas la force
d’avoir le dessus. Les mères sont intouchables. Elles sont saintes. Quoi
qu’elles fassent, elles sont toujours protégées par leur aura de mère. On peut
s’en plaindre, à condition de porter contre elles des accusations qui soient
sages. (p.16)
Je pourrais fuir
maintenant. Quitter cette famille qui m’est insupportable à cause de son
bonheur. La proximité qui y règne ne cesse de me rappeler qu’il existe un point
de non-retour, un point au-delà duquel l’amour dépasse les limites et tombe
dans l’horreur. Je reste malgré tout, car je sais bien, au fond, qu’ils ne sont
coupables de rien. (p.22)
Je ne désirais
pas réellement devenir propriétaire. C’était une décision stratégique. Je
voulais signifier à mon entourage que j’étais capable d’indépendance, d’avancer
socialement. J’avais peut-être un retard apparent dans la vie-je n’ai jamais
occupé un emploi stable, je n’ai pas eu de conjoint sérieux avant K., et j’ai
obtenir mon permis de conduire à l’âge de rente ans, mais cela ne m’empêchait
pas d’acquérir une propriété et de m’assurer ainsi une sorte de sécurité
financière. (p.25)
Le fait de
travailler à la maison me permet de mieux préparer le rôle que j’ai à jouer
quand je sors de chez moi, que ce soit pour une réunion mensuelle, pour voir le
médecin ou me rendre à la pharmacie. Je peux choisir à l’avance ce que je vais
porter, répéter mes répliques comme une actrice, ma façon de me présenter face
à mes « adversaires ». Je visualise surtout mentalement mon arrivée
dans une pièce où je sais à l’avance qu’il y aura des gens avec qui je devrai
interagir. (p.40)